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du geste à la trace

D'abord, il y a le geste. Les lames des ciseaux ouvrent une brèche et le silence se brise. La feuille se met a bouger timidement. Elle va quitter son immobilité bidimensionnelle. Je continue à découper. Un chemin se trace. Un plan abstrait prépare la surface à sa transformation, à son devenir autre. Contrôlant ou laissant faire le hasard, j'exécute un geste singulier. Je découpe des lignes qui je projette déjà dans l'espace. La feuille est posée par terre mais, malgré son format standard, elle frissonne. Un parcours de cisailles la dessine. Même découpée de tous cotés, elle demeure entière tel un corps au repos.

Je soulève un coté. La surface s'anime et entame son élévation. La feuille autre fois inerte se déploie et se transforme en corps dans l'espace. Je la saisis par un autre coté. Une tension parcourt la matière, les mailles se raidissent. Maintenant les découpes racontent leurs histoires communes. Je manipule ce corps tel un pantin aux étranges articulations. Ses gestes suivent les miens ou bien est-ce l'inverse?

J'accroche la découpe et m'en vais. Du point d'attache, la feuille retombe laissant son poids décider de sa forme finale. Le geste est figé dans le temps, il aurait pu continuer ou bien revenir à son départ. Suspendue dans l'espace, la surface se joue de la gravité. Pourtant sans prétendre à une légèreté illusoire, elle développe sa forme grâce à celle-ci. C'est la trace d'un geste, de la pauvre magie qui traduit une volonté de simplicité et d'économie de moyens. C'est l'histoire d'une transformation dont la forme finale contient ses échos.
Layla Moget, directrice du L.A.C. de Sigean, a été intéressé par mon travail de découpage. Elle y a perçut le potentiel pédagogique d'une pratique. Les pièces déjà réalisées s'orientent délibérément vers l'esthétisme et le formalisme.
Je fuis les systèmes et j'essaie de toujours me renouveler, quittes à prendre des impasses. Ma production n'est pas hiérarchisée ou encore organisée. Cependant, le temps me permet de constater que le geste n'est peut-être abouti.
Replacer la pratique de la découpe et la poser en
tant que savoir-faire transmissible me permet de
requestionner la pertinence de ces pièces
réalisées au regard de ce qui devient l'histoire d'un geste.




Si dés le départ, le processus de découpage a été le moteur conceptuel énonçant les enjeux ( planéité du matériau et sa transformation dans l'espace )Il me semble devoir clarifier ce geste pour s'intéresser à son apparition plus qu'aux résultats spectaculaires que j'ai pu proposer. Si de déploiement de la surface devient dessin dans l'espace, elle tend à s'éloigner du geste pour devenir pure image, c'est à dire une image arrivée là comme par magie alors que l'intérêt de ce processus est bien de laisser apparent le geste et en constitue une esthétique a par entière. Cette recherche me permettra de créer un parallèle avec celle effectué par les élèves afin que mon atelier devienne aussi l'espace symbolique